Myocardite : quels sont les symptômes ?

Il existe un lien “probable” entre les vaccins ARN contre le Covid-19 (Pfizer et Moderna) et de rares cas de myocardites, ont estimé mercredi 23 juin, des experts américains indépendants convoqués par les Centres américains de lutte et de prévention des maladies (CDC).

Après avoir étudié quelques 300 cas de myocardites (sur plus de 20 millions d’adolescents et de jeunes adultes vaccinés aux Etats-Unis), des inflammations au niveau du cœur apparues à la suite de la vaccination, ils concluent toutefois que les bénéfices de la vaccination “surpassent” toujours largement les risques encourus. Les autorités sanitaires américaines pourraient actualiser leurs recommandations, en conseillant de suspendre l’administration de la seconde dose pour les personnes développant une myocardite, après la première.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il s’agit d’un effet secondaire très rare survenant dans les quatre jours suivant l’injection, dans la plupart il s’agit de cas bénin et guérissant d’eux-mêmes ou avec un traitement minime. Les bénéfices de la vaccination demeurent supérieurs.

“Ces cas sont rares, et la vaste majorité (d’entre eux) ont été résolus grâce à du repos et des soins”, avait rassuré Rochelle Walensky, la directrice des CDC.

“Dans notre hôpital, nous avons vu des cas de garçons adolescents se présentant avec une douleur à la poitrine un jour ou deux après leur seconde dose de vaccin à ARN messager”, avait par ailleurs témoigné à l’AFP Lorry Rubin, directeur du département d’infectiologie pédiatrique au Cohen Children’s Medical Center, à New York. Mais ces cas étaient “relativement légers”, et la plupart ont été soignés grâce à des anti-inflammatoires.

Des cas de myocardite en Israël

De tels cas ont d’abord été signalés en Israël, où la campagne de vaccination contre le Covid-19 a été très rapide. Le rapport du ministère israélien de la Santé détaille que 62 personnes ayant reçu une dose de vaccin anti-Covid-19 Pfizer/BioNtech ont ainsi été hospitalisés en raison d’une myocardite. La majorité des patients concernés étaient des hommes âgés de moins de 30 ans ; 56 cas sur 62 sont survenus après l’administration de la seconde dose de vaccin. Et si 60 patients sur 62 ont finalement pu quitter l’hôpital “en bonne santé”, 2 patients (décrits comme “en bonne santé avant la vaccination”) sont malheureusement décédés – il s’agissait d’une femme de 22 ans et d’un homme de 35 ans.

Le ministère de la Santé israélien avait soulevé fin mai “un possible lien” entre le vaccin Pfizer et des cas de myocardite chez de jeunes hommes, tout en précisant que 95% étaient bénins.

Existe-t-il un lien entre l’administration de la seconde dose de vaccin Pfizer/BioNtech et la survenue d’une myocardite ? Les auteurs du rapport israélien sont prudents : “à ce stade, selon les conclusions initiales qui doivent encore être vérifiées, il y a une impression que le nombre de cas [de myocardites] est supérieur à ce qui pouvait être attendu, en particulier dans la catégorie d’âge des moins de 30 ans. (…) Nous ne pouvons pas encore dire s’il y a plus de cas que la normale, ou si (…) cette proximité des cas dans le temps n’est qu’une coïncidence.”

Peu de cas de myocardites en France

En France, quelques cas ont été rapportés également. Selon le point d’information hebdomadaire de l’ANSM publié ce vendredi 23 juin, des cas de myocardites ont été remontés après vaccination avec les vaccins Pfizer et Moderna (depuis le début du suivi) :

Vaccin Pfizer : 25 cas de myocardites, dont 8 cas concernent les moins de 30 ans. Il s’agit majoritairement d’hommes (7 hommes / 1 femme), d’âge médian de 19 ans, avec un délai de survenue médian de 3,5 jours (entre 12h et 13 jours). La majorité des personnes (7 cas / 8) sont rétablies ou en cours de rétablissement. L

Vaccin Moderna : 4 cas dont un cas est survenu chez un jeune homme de 23 ans d’évolution favorable. 

“Les données disponibles n’apportent pas, à ce stade, suffisamment d’éléments pour conclure sur un rôle du vaccin, mais constituent néanmoins un signal potentiel” précisent les autorités sanitaires, qui ajoutent que “ces effets indésirables ne remettent pas en cause le rapport bénéfice/risque du vaccin”.

Myocardite : qu’est-ce que c’est ?

Petit point vocabulaire. Lorsqu’on évoque le myocarde, on désigne en réalité le muscle cardiaque, celui qui est chargé de pomper le sang pour l’envoyer dans tout l’organisme. “Le cœur se compose du myocarde, mais aussi du péricarde (le “sac” qui contient le muscle) et de l’endocarde (le revêtement qui se trouve à l’intérieur du myocarde)” détaille le Dr. Mathieu Bernard-Le Bourvellec, cardiologue.

Myocardite : définition. La myocardite correspond à une inflammation du myocarde, c’est-à-dire du muscle cardiaque. “Le plus souvent, cette inflammation résulte d’une infection virale : le virus se fixe au niveau du cœur, cela déclenche une réaction immunitaire (l’inflammation) qui se traduit par une destruction des cellules musculaires du myocarde” explique le cardiologue.

Myocardite : quelles sont les causes et qui est concerné ?

Quelles sont les causes de la myocardite ? Certains virus sont connus pour être à l’origine de myocardites : ce sont notamment les cytomégalovirus (CMV), les adénovirus, le virus de l’herpès de type 6 (HHV-6, il est assez rare), le parvovirus B19 (PVB-19) ou encore le virus Epstein-Barr (EBV). “Un simple rhume, une simple grippe ou (plus rarement) une gastro-entérite ou un Covid-19 peuvent aboutir à une myocardite” précise le Dr. Mathieu Bernard-Le Bourvellec.

Plus rarement, une myocardite peut être la conséquence d’un traitement médicamenteux (par exemple : chez certains patients traités par chimiothérapie à base d’anthracyclines), d’une intoxication à l’alcool et/ou à la cocaïne, ou encore d’une infection fongique ou bactérienne (la maladie de Lyme, par exemple).

Myocardite : ça concerne qui ? “La myocardite est susceptible d’arriver à tout âge, mais on l’observe plutôt chez des patients jeunes, entre 18 et 35 ans” note le cardiologue.

Quels sont les symptômes de la myocardite ?

À savoir. Une myocardite peut être plus ou moins sévère : “certaines myocardites sont asymptomatiques, ce qui signifie qu’elles passent inaperçues” précise le spécialiste.

Les principaux symptômes de la myocardite sont :

Une douleur thoracique : “elle peut faire penser à une brûlure, à une pression ou encore à une sensation de compression au niveau de la poitrine” développe le Dr. Mathieu Bernard-Le Bourvellec. Elle se situe plutôt derrière le sternum, au milieu de la poitrine, et est assez diffuse (ce n’est pas un “point”). Elle peut perdurer pendant plusieurs jours d’affilée.
Un essoufflement : “lorsque l’atteinte cardiaque est importante (en cas de myocardite sévère, donc), il peut y avoir des symptômes respiratoires et notamment un essoufflement à l’effort” ajoute le cardiologue.
Un antécédent d’infection virale : “les patients rapportent généralement un antécédent de rhume, de grippe, de gastro-entérite, de Covid-19…”

Symptômes de myocardite : comment réagir ? “Si vous présentez des symptômes qui peuvent faire penser à une myocardite, il est recommandé de consulter votre médecin sans attendre (dans la journée), ou de vous rendre aux Urgences” conseille le spécialiste.

Myocardite : comment est-elle diagnostiquée et quels sont les traitements ?

Myocardite : c’est grave, docteur ? Souvent sans gravité, la myocardite ne doit toutefois pas être prise à la légère : “cela peut être très grave, confirme le Dr. Mathieu Bernard-Le Bourvellec. Rarement, on est en présence d’une myocardite fulminante qui nécessite une transplantation cardiaque en super-urgence et une assistance circulatoire (cœur artificiel) temporaire. Par ailleurs, la myocardite peut se compliquer, par exemple d’une arythmie cardiaque puis d’une fibrillation ventriculaire potentiellement mortelle.”

Diagnostic. “La première chose à faire, c’est d’écarter un diagnostic d’infarctus du myocarde (crise cardiaque), en particulier chez un patient âgé avec des facteurs de risque (obésité, hypertension…) : pour cela, on réalisera une coronarographie” explique le médecin cardiologue.

Pour diagnostiquer une myocardite, l’examen de référence, c’est l’IRM cardiaque : “cet examen permet une analyse très fine du muscle cardiaque : le médecin peut regarder avec précision s’il y a une zone du myocarde abîmée par l’inflammation”.

En parallèle, le médecin pourra demander un électrocardiogramme (“une myocardite peut se traduire par des anomalies au niveau de la morphologie de l’électrocardiogramme”) et une prise de sang (“on recherche des marqueurs sanguins de souffrance cardiaque, comme la troponine par exemple”).

Traitement. “Les patients auxquels on diagnostique une myocardite sont généralement hospitalisés, en particulier pour surveiller l’apparition d’éventuelles complications (arythmies cardiaques…)” précise le Dr. Mathieu Bernard-Le Bourvellec.

Le traitement repose sur l’administration de deux classes de médicaments, en fonction de la sévérité de la myocardite, pendant une période de 6 mois à 1 an :

Des inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) : ces médicaments aident le cœur à mieux se contracter et à diminuer de volume (car, en perdant de la capacité de contraction, le cœur a tendance à se dilater pour compenser),
Des bêta-bloquants : ces médicaments sont surtout prescrits pour prévenir l’arythmie cardiaque.

Sources :

Interview du Dr. Mathieu Bernard-Le Bourvellec, cardiologue à l’Institut Cœur Paris Centre (ICPC) et auteur de Le cœur notre autre cerveau (éd. Larousse).

Rapport vaccination, CDC, 17 mai.
Point de situation sur la surveillance des vaccins contre la COVID-19 – Période du 28/05/2021 au 03/06/2021.

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